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Les gourmands disent au revoir

Dernière mise à jour : 24 janv.

C’est le 31 décembre 2022 que la pâtisserie Les Gourmands Disent ferme définitivement ses portes après 28 ans d’opération. Cet éditorial est réalisé par Alice Martin, étudiante au BAC en journalisme à l’Université Concordia et Jean Martin, photographe professionnel.


Dans mes souvenirs les plus lointains, j’allais toujours dans ce café-pâtisserie qui était pour moi LA perle du Vieux Saint-Jean. Entourés d’une panoplie de magasins locaux, Les Gourmands Disent passent peut-être inaperçus au premier coup d’œil, mais ce fabuleux endroit aura eu tout un impact dans ma jeune vie.


J’y ai passé le plus clair de mon enfance, souvent accompagnée de mon père. Il avait fait connaissance avec l’endroit quand la pâtisserie avait emménagé en dessous de son appartement au 149 rue Richelieu en septembre 1997. La même année, se liant d’amitié avec les propriétaires, Jean-Luc Pennet et Brigitte Mercier, il y exposait ses premières photos. Un grand habitué de la place, il y passait la quasi-totalité de ses matins à apprécier à peu près toujours la même chose : croissants, confitures et fromage de chèvre. Dans mes 19 ans d’existence, j’ai rarement vu mon père changer sa commande.

Les années ont passé et malgré tout il continuait d’aller manger « chez Jean-Luc », comme il avait toujours surnommé l’endroit. Par la suite, c’est devenu une sorte de tradition familiale. À chaque fois qu’on y était, on devait s'asseoir le plus possible à cette étrange grande table, celle qu’on surnommait « la table des gens aimables » puisqu’elle avait 8 chaises qui rassemblaient les clients les plus fidèles. Elles avaient d’ailleurs été peintes plusieurs fois par l’artiste Johannais Claude Mayrand, lui-même un habitué de la place. Jean-Luc a toujours présidé cette table, faisant face à la porte d’entrée. Mais pour le reste des chaises c’était à tout le monde.

La discussion était fortement encouragée à cette table, et tout le monde était le bienvenu à y contribuer. De toute façon, la ville est tissée serrée et les chances qu’il y ait un certain lien entre deux personnes sont grandes. Je comprends aujourd’hui que mon côté social, je le dois beaucoup à ce petit café. Dans mon esprit d’enfant, les rencontres les plus enrichissantes et les conversations les plus « intellectuelles » se faisaient là. Il y avait constamment des débats d’idées très animés sans doute motivés par l’abondance de caféine.

Éventuellement, quand je suis devenue assez vieille pour y aller seule, je m’assoyais encore à cette même table, laptop à la main dans l’espoir d’effectuer quelques travaux scolaires. Finalement, dès que quelqu’un s’assoyait avec moi et qu’il réalisait que j’étais « la fille de Jean » ou « la petite fille de Jean Sr », la conversation était amorcée, au grand dam des devoirs. Avec du recul, je ne regrette rien.

Les Gourmands Disent ont toujours eu quelque chose de très communautaire. Les chaises du café avaient été vivement peintes par des élèves d’arts plastiques de mon école secondaire. Les murs et les dessus de table étaient couverts d’art local. Il y avait tout le temps des copies de journaux du coin éparpillés sur les tables, ainsi que des cartes d’affaires de commerces du centre-ville sur le comptoir principal. Jean-Luc et Brigitte étaient même présents au marché public tous les samedis. J’y allais souvent en balade avec mon grand-père. Lui il aimait jaser et moi j’aimais les tartelettes aux framboises.

J’y suis retourné récemment. C’était pour ramasser nos traditionnelles bûches pour le souper de Noël. Je me suis laissé tenter une dernière fois par un « croissant d’adieu ». J’étais nostalgique et c’était nécessaire pour vivre mon deuil. Il n’y avait plus de place à la fameuse grande table, donc je me suis assise ailleurs, en tête à tête avec mon copain. Brigitte est apparue soudainement malgré l’achalandage, pour m’offrir une dernière « batch » de son incroyable confiture maison. “Question de faire durer le plaisir”, elle m’a simplement dit avec un sourire en coin. Avant de partir, elle m’a aussi remercié pour mes années de fidélité. Finalement, je pense que c’est plutôt moi qui aurais dû lui dire merci pour les irremplaçables souvenirs qu’ils m’ont donnés.


Donc, pour compenser mon mutisme, je tiens maintenant à les remercier. L’endroit a définitivement forgé mon identité et surtout ouvert mon esprit aux échanges d’idées de toutes sortes.


Jean-Luc et Brigitte, je ne vous oublierai jamais.

Au revoir Les Gourmands Disent.


-Alice Martin


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